HAUTE AUTORITE DE SANTE
5 avenue du Stade de France
93218 SAINT-DENIS LA PLAINE CEDEX

Paris, le 11 mars 2020

Mesdames, Messieurs,
Nous vous remercions d’avoir transmis le protocole de coopération 134 à la Conférence Nationale des URPS-ML pour avis.
Sa Commission de travail s’est réunie et vous trouverez ci-dessous son avis.
Protocole de coopération : PC 134 : « Investigation et prise en charge des patients allergiques par l’infirmier(e), avec ou sans télémédecine en préalable ou en suivi d’une consultation médicale.

I. Concernant ce protocole

1. Les promoteurs du protocole

Il s’agit du Dr Guillaume LEZMI du Service de Pneumologie et Allergologie Pédiatrique de l’Hôpital Universitaire Necker-Enfants Malades.
Le délégant est un allergologue et/ ou un Médecin ayant un diplôme en allergologie (Capacité ou DES d’allergologie).
Le délégué est un Infirmier(e) diplômé d’État.

2. L’objectif du protocole

Est de faciliter l’accès au diagnostic médical et à la prise en charge d’allergies alimentaire, respiratoire, médicamenteuse et venins d’hyménoptère, la demande de consultation étant forte.

3. Les actes dérogatoires du délégué

1) Consultation préalable par le délégué à la consultation médicale
Dans 6 indications :

  • Suspicion d’allergie immédiate aux protéines du lait de vache chez l’enfant de moins de 6 mois
  • Suspicion d’allergies alimentaires immédiates à une ou deux familles d’allergènes
  • Évaluation post réaction allergique grave ou à une dose d’allergène faible
  • Suspicion de syndrome d’entérocolite aux protéines alimentaires
  • Rhinites allergiques simples
  • Difficultés ou effets indésirables d’une immunothérapie respiratoire

Cette consultation préalable comprenant :

  • L’anamnèse avec analyse des antécédents médicaux et traitements en cours, évaluation de la croissance staturo-pondérale et le retentissement d’une éviction alimentaire
  • Les tests cutanés : prescription, réalisation, lecture et interprétation (éventuellement par
    télémédecine ave le délégué)
  • Bilan biologique
  • Informations données sur l’allergie présentée par le patient, conseils diététiques, régime d’éviction
  • Conseils thérapeutiques (sur l’adaptation de l’immunothérapie dans les allergies respiratoires)
  • Rédaction d’un compte-rendu validé par le délégant

2) Consultation de suivi faisant suite à une consultation médicale.
Elle est utile lorsqu’un suivi à court terme est nécessaire dans 4 indications :

  • Allergie alimentaire
  • Allergie respiratoire : rhinite allergique simple
  • Allergie aux venins
  • Allergie médicamenteuse

Le patient est ré adressé au délégant, après une ou plusieurs consultations de suivi selon les besoins individuels (p20).

4. La formation du délégué associé

Pré requis

  • Diplôme d’État d’Infirmier
  • Pour l’exercice en médecine adulte : expérience de 2 ans d’exercice en allergologie adulte
  • Pour l’exercice en pédiatrie : expérience de 2 ans en allergologie pédiatrique
  • Formation aux gestes et soins d’urgence niveau 2 validée (AFGSU)

Parmi les compétences à acquérir :

  • Reconnaitre les pathologies allergiques : alimentaires, respiratoires, médicamenteuses et aux venins d’hyménoptères)
  • Mettre en oeuvre un régime d’éviction alimentaire adapté…
  • Évaluer le contrôle de l’asthmeAdapter une immunothérapie

Formation théorique de 30 heures et pratique de 100 heures dont 20 consultations d’observation du délégant et 20 en supervision

II. Les questions soulevées par ce protocole

1. A quelle nécessité répond ce protocole ?

Problème démographique ?
Pourquoi n’est-il pas fait appel aux médecins allergologues libéraux ?

2. Une délégation de consultation constitue une délégation de compétence et non une délégation de « tâche »

Les actes dérogatoires vont jusqu’aux « conseils sur l’’adaptation de l’immunothérapie dans les allergies respiratoires ».

3. Le seul rôle du médecin est la prescription thérapeutique

Comment celle-ci peut-elle être adaptée sans un interrogatoire personnalisé, au sein d’une relation médecin-malade ?

En conclusion

Comme dans les derniers protocoles proposés, nous sommes face, non à la délégation d’un acte mais d’une consultation.
Nous sommes favorables à la délégation de réalisation des tests cutanés par l’Infirmière Diplômée d’État mais non à la délégation de consultation préalable et de consultation de suivi
Il s’agit d’une délégation de compétence.
La médecine d’avenir serait-elle une médecine de « découpage » du patient ?
Comment séparer la prescription thérapeutique, d’un interrogatoire méticuleux, d’un examen clinique soigneux, du résultat des tests, afin de réaliser les diagnostics différentiels avant de pouvoir prescrire la thérapeutique ?
Consultation par le médecin, seule modalité permettant d’aboutir à l’objectif énoncé dans ce protocole de « personnaliser la prise en charge en adaptant le suivi aux spécificités individuelles »
Nous ne pouvons être que totalement opposés à ce protocole.

Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de nos salutations les plus cordiales.
Docteur Philippe ARRAMON-TUCOO
Président de la CN URPS-ML
Président de l’URPS-ML-Nouvelle-Aquitaine

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